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28 avril 2008 1 28 /04 /avril /2008 10:47
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--- Les folles dépenses de la ministre Rachida Dati

Réceptions, voyages, restaurants et dépenses personnelles: la ministre de la justice a dépensé en moins de trois mois près des deux tiers des "frais de réception" alloués pour l'année 2008. Un dépassement de 30% avait déjà été enregistré l'an dernier. Le contrôleur financier du ministère s'en inquiè te et a rappelé à l'ordre le cabinet de la garde des sceaux, lequel se veut rassurant.

 

D'un côté, la pauvreté de certaines juridictions françaises. Des tribunaux qui ferment ; des armoires cassées qu'il faut des mois pour remplacer ; des postes non pourvus... Tout cela, faute de moyens. En face, ou plutôt en haut, une ministre de la Justice qui mène grand train, se plaisant à poser à la Une des magazines, à enchaîner les voyages à l'étranger (Chine, Maroc, Royaume-Uni...) ou à multiplier les réceptions fastueuses au ministère.

 

Près d'un an après son accession à l'un des postes ministériels les plus convoités du monde politique, une question est directement posée à Rachida Dati : dépense-t-elle sans compter dans le cadre de ses fonctions ? Le contrôleur financier de la Chancellerie, Maurice Bestoso, s'en inquiète, allant, à certains moments, jusqu'à refuser de viser certains frais. Chargé de veiller à la conformité des dépenses du ministère, ce fonctionnaire placé sous l'autorité du ministre du Budget a récemment rappelé à l'ordre la garde des Sceaux concernant les dépenses qu'elle a engagées ces derniers temps.

 

Ses remontrances, selon nos informations, ont d'ailleurs obligé, début mars, certains membres de son cabinet à appeler la ministre à un peu de modération afin de mettre en adéquation le discours - les caisses de l'Etat sont «vides », d'après Nicolas Sarkozy - et la pratique.

 

«Toutes les dépenses ont été payées donc validées», explique à Mediapart le porte-parole du ministère, Guillaume Didier. Qui ajoute : «Après, c'est très classique qu'il y ait des é changes entre le contrôleur et l'administration qu'il contrôle». Des «échanges» : la formule est diplomatique. Y en a-t-il eu ces derniers temps ? Réponse de M. Didier: «Cela a dû arriver, oui».

 

57.000 euros de frais de bouche pour la "garden party"

 

Selon plusieurs éléments comptables et témoignages recueillis par Mediapart, le ministère de la Justice assiste depuis l'arrivée de Rachida Dati à sa tête à un dérapage budgétaire d'ampleur concernant les «frais de réception du Garde des Sceaux». C'est une ligne comptable parfaitement officielle avec laquelle il est très difficile de tricher depuis la disparition des fonds secrets en 2001.

 

Pour l'année 2007, le budget prévisionnel de cette enveloppe que gère la Direction de l'administration générale et de l'équipement (DAGE) s'élevait à 210.000 euros. Moins d'un quart de cette somme avait é té dépensé entre janvier et mai par Pascal Clément, le prédécesseur de Rachida Dati à la Chancellerie. Mais dès l'arrivée au ministère de l'ancienne porte-parole de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle, les dépenses ont grimpé de manière vertigineuse pour finalement atteindre les 270.000 euros en d écembre 2007. Soit un dépassement de 30 % par rapport au plafond prévu.

 

Parmi ces dépenses somptuaires figurait notamment l'organisation, le 21 juin 2007, d'une Fête de la Musique dans les jardins de la Chancellerie et d'une «garden party», le 13 juillet. Pour ces deux événements, les seuls frais de bouche (sans compter le personnel ou l'installation des tentes) ont, respectivement, coûté 26.832,49 et 57.467,51 euros.

 

D'autres dépenses ont aussi fait tousser certains hauts fonctionnaires du ministère : des notes de repas (1.730 euros le 10 décembre, au restaurant le Pasco) ou d'hôtel (3.903 euros laissés à l'Hôtel Tilsitt, à Paris le 17 octobre). Contactée par Mediapart, la direction de l'hôtel nous a indiqué ne pas avoir retrouvé trace d'une telle facture, qui figure pourtant bien dans la comptabilité du ministère de la Justice.

 

«Il ne s'agit pas de dépenses liées à Mme Dati directement. Cette note d'hôtel correspond à l'arrivée à Paris du nouveau chef de cabinet, Yannick Imbert. Il a dû résider à l'hôtel entre août et octobre. Il paye aujourd'hui son loyer», explique Guillaume Didier. Quant aux 1.730 euros du 10 décembre 2007, ils correspondent à un repas de fin d'année organisée par la ministre avec ses plus proches collaborateurs, indique le ministère. Où l'on dément l'existence d'un quelconque dérapage budgétaire.

 

Le ballet incessant des traiteurs

 

Pourtant, d'après notre enquête, la cadence des dépenses semble s'être considérablement accél érée depuis le début de l'année. Rachida Dati, qui aime à inviter au ministère des représentants du show-biz ou des patrons du CAC 40, a en effet multiplié les réceptions ces dernières semaines. «C'est le ballet incessant des traiteurs. Ça n'arrête pas !», observe un haut magistrat, qui, soumis au devoir de réserve, a requis l'anonymat pour s'exprimer.

 

Pour le 23 janvier et le 10 mars, dates auxquelles l'actualité de la ministre ne faisait mention d'aucun évé nement particulier, on trouve par exemple deux factures de 5.330,01 et 4.570,26 euros émise au nom du traiteur parisien Dalloyau, spécialisé dans l'organisation de buffets.

 

Pour la Journée de la Femme, Rachida Dati a également organisé le 13 mars dernier un grand raout avec 250 femmes du monde judiciaire (greffières, avocates, magistrates.) qui avait provoqué la colère du Syndicat de la magistrature, accusant la ministre d'orchestrer une dispendieuse opération de communication. Selon plusieurs sources, cet événement aurait coûté plusieurs dizaines de milliers d'euros.

 

«Il s'agit d'une invitation sans aucun motif professionnel, effectuée aux frais de l'Etat par un ministère qui n'est pourtant pas connu pour ses moyens pléthoriques», avait pesté le SM en son temps. Ce à quoi le porte-parole du ministère avait rétorqué : «Comme tous les buffets de la Chancellerie, c'était d'une très grande simplicité».

 

"Les collants, ça se file"

 

Cette année encore, la DAGE envisage un dépassement des «frais de réception» alloués à Mme Dati. Alors que le budget prévisionnel devait s'élever à 180.000 euros pour 2008, les comptables du ministère ont fait un bond en constatant que fin mars le montant des factures à honorer était de. 112.356,67 euros. Une rallonge de 100.000 euros (soit +55%) a donc été prévue pour éviter de crever à nouveau les plafonds. Une information que se refuse à confirmer le cabinet de Mme Dati, qui avance le chiffre de 200.000 euros pour l'enveloppe 2008. «Il est vrai cependant qu'il y a plus de dépenses en début d'année. Celles-ci s'expliquent par le nombre de cérémonies de rentrée», explique le porte-parole de la Chancellerie.

 

Si elles peuvent choquer sur le plan moral à une époque de disette budgétaire dans la fonction publique, toutes ces dépenses n'en sont pas pour autant en contravention avec la loi administrative. Mais là où le bât blesse, c'est que Rachida Dati semble avoir mordu la ligne jaune concernant un certain nombre de dépenses personnelles. Les sommes ne sont pas extravagantes. Mais symboliquement, l'affaire fait tâche.

 

Ce sont notamment des paires de collants (de la marque Wolford), du maquillage ou des cotons de démaquillage qui ont été imputés au «frais de réception de la garde des Sceaux». «Les collants, ça se file. Et le maquillage, cela peut servir pour un raccord au moment d'une interview télévisée», se justifie-t-on au ministère de la Justice.

 

Pour mémoire, le vice-Premier ministre suédois Mona Sahlin a dû démissionner en 1996 du gouvernement pour avoir réglé avec la carte de crédit de son ministère des dépenses privées : des chocolats et des couches pour ses enfants.

 

Ce type d'enquête est toujours très délicat à réaliser. Parce qu'elle touche à l'argent public, à son utilisation par le pouvoir, à la moralité républicaine... Nos sources ont été multiples sur cette question. Bien sûr, nous ne les dévoilerons pas. D'autant que certains montants que nous avançons aujourd'hui sont contestés par la Chancellerie.

 

Il ne s'est jamais agi pour nous d'attaquer ad hominen la ministre de la Justice sur son train de vie ministériel. Mais plutôt de mettre en évidence une certaine inadéquation entre les discours publics sur la contrainte budgétaire et la réalité des dépenses, parfois fastueuses, au sein des ministères. Une tradition française qui nous paraît bien loin de la culture scandinave, si souvent montrée en exemple ici.

 

A ce titre, la Chancellerie confirme dans les derniers paragraphes de l'article que certaines dépenses de la ministre relèvent d'achats purement personnels : maquillage, collants... Certains membres de gouvernement sont tombés pour moins que ça sous d'autres latitudes. En Suède, par exemple.

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Published by jean schepman - dans jeanschepman
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