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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 09:29
"quand est ce que vous remplacez Poivre par la petite ?" a demandé Tzarko 1er à des amis journalistes il y a quelques jours ...
Aussitôt dit , aussitôt fait !
la télé privée est  aux ordres !!!
la preuve que c' est vrai ? l' UMP a démenti !; tandis que PPDA lui l' a confirmé :

PPDA se plaint de la censure sarkozyste

Par Nicolas Domenach. Au pays de Nicolas Sarkozy, tout doit bouger, évoluer. Même l'icône incontestable du 20 heures.
 
C'est bien d'une « éviction politique » dont il s'agit. Patrick Poivre d'Arvor l'a confirmé hier pour ceux qui en doutaient, lors de sa conférence de rédaction de l'après-midi. Sa liberté, son expérience chenue, auraient déplu au Prince, l'ami de l'actionnaire principal, Francis Bouygues, lui-même confronté à une baisse d'audience de la chaîne numéro 1 et soucieux donc de rajeunir les cadres fussent-ils emblématiques. La montée de la juvénile concurrence obligerait à faire tomber les idoles trop adulées, même le talent ne vaut rien contre le cheminement assassin des rides dans la société du jeunisme sarkozyen. Et qu'importe les services rendus…
Une icône ménagère sous ce nouvel empire doit avoir tous ses cheveux à lui, blond comme le soleil ou le blé. Les implants, ça le fait pas, ça fait vieux. Sarkozy déteste ce qui vieillit, ce qui fait mourir. C'est pour cela déjà que le monarque républicain avait demandé du sang neuf lors de sa dernière interview. L'astre dominant ne veut plus s'encombrer de ceux qui ont accompagné son ascension et qui le tireraient, demain, en arrière. Tout doit bouger, évoluer !

Évincer les gêneurs pour mieux régner
Prenez du champ. Regardez. Ce n'est pas que PPDA qui est écarté de l'écran mais encore Jean-Pierre Elkabbach qui est mis de côté. Toute une génération de journalistes qui ont été marqués par le giscardisme, en particulier PPDA, qui avaient la passion de ce travail et sont devenus des stars, le sont restés, se sont affirmés sous la gauche puis sous le chiraquisme, avant d'escorter l'irrésistible marche du sarkozysme. Le présidentiable a illuminé sa légende conquérante avec eux. Mais que voilà des compagnons gênants maintenant.
Le petit Nicolas, ils l'ont connu en culotte courte, ils l'ont fait, ils l'ont regardé grandir. Ils le contemplaient avec admiration mais aussi condescendance. Des Présidents, ils en ont vu d'autres, et des plus impressionnants. La vraie puissance c'étaient eux, les médiacteurs. Et Poivre en particulier, l'homme qui s'introduisait dans les intimités tous les jours, quand le Président, lui, n'y était qu'exceptionnellement autorisé. Avec quel métier, en outre, ce présentateur assurait son autorité, veloutant les émotions, s'excusant quasiment des mauvaises nouvelles, apprivoisant l'insupportable. Ce jeu, cette intelligence des yeux, des mots, le massif de la carrure, la mécanique rassurante des enchaînements, l'appétit toujours aiguisé pour l'info, et, en politique, l'info c'était Sarkozy. Mais il n'en paraissait pas complètement dupe, de cet agencement frénétique. Il imposait une – légère – distance. Avec des effets d'acteur économe et sûr de son art. PPDA était le numéro 1 de l'info depuis tant de temps qu'on ne se voyait plus vieillir sans lui. Danger…
Les présidents passent, Poivre reste. Et se permet même de se montrer parfois piquant. Quand la tradition journalistique française est faite de révérences, même si les médias ont pris de la puissance et, de-ci, de là, s'essaient à la critique, voire à l'insolence. Pas aux dépens du monarque républicain ! Alors, sans doute a-t-il dépassé les bornes – son actionnaire l'a ainsi ressenti – le jour où il a comparé le nouveau président à « un petit garçon rentrant dans la cour des grands ». Son sort était réglé. Le journaliste était sorti de son rôle. C'était plus qu'une insolence, un crime de lèse-majesté.
PPDA montrait que c'était lui le pouvoir et que son interlocuteur n'était qu'un simulacre… Alors même que le Président, rappelons-le, est tombé dans la marmite médiatique quand il était tout petit. Et qu'il n'en est jamais sorti !

Vaincu par un Président, chef d'orchestre médiatique
Nicolas Sarkozy voulait devenir journaliste. Il a décidé de faire mieux : chef d'État. Ce n'est pas pour se laisser donner des leçons par « un saltimbanque ». Surtout qu'il connaît la musique médiatique sur le bout des doigts. Il a fait ses classes du plus petit au plus haut plateau. Il connaît tous les journalistes qui comptent et leurs chefs, et les chefs de leurs chefs, et leurs patrons qui sont ses amis.
Le président de la République a même ses idées. Des idées très « modernes » et très arrêtées sur la façon dont les groupes médiatiques doivent grandir, évoluer, se moderniser. Il y a placé ses hommes, comme Laurent Solly à TF1, croit savoir mieux que quiconque les changements qu'il faut effectuer, et n'hésite pas à le faire savoir à ses proches, propriétaires de médias, quitte même à les mettre en concurrence. Les désirs du monarque républicain, bien sûr, sont des ordres. Il ne voit pas le mal…
La gauche avait fait pire, croit-il. Lui, il ne nomme pas, il suggère. Que c'est reculer que d'être stationnaire, qu'il ne saurait y avoir de rente de situation, qu'il faut faire la place aux jeunes et être moins systématiquement critique … face au pouvoir, bien sûr. C'est vrai que le président enrage contre ces journalistes systématiquement démolisseurs et qui se refusent « à pédagogiser », selon ses termes, l'action du gouvernement. Eh bien, il faudra qu'ils s'y mettent, croit-il. En attendant, il versera même une larme pour PPDA. Sûr qu'il serait prêt à lui donner des conseils pour la suite. Peut-être lui déconseillerait-il le retour à la case « public », même s'il pourrait y connaître une nouvelle vie, sauf que la service public c'est encore lui le président tout puissant.
Mais le véritable défi de Poivre n'est-il pas ailleurs : devenir un écrivain, un vrai, pas seulement un romancier doué, à succès. Un écrivain maudit, évidemment. Un solitaire qui n'écrit plus sur les ondes ni sur le vent, mais avec le sang d'encre qu'il se fait. Maintenant qu'il est réprouvé, qu'il a l'honneur d'avoir été disgracié, il lui reste le plus beau, le plus dur des défis à relever : l'écriture. Une œuvre, pas seulement quelques livres qui passent comme des vols de nuit. Et à la télé, sur ce miroir aux alouettes qui finit toujours par plumer, demeurera toujours PPD qui parlera pour lui. Son double pour nous distraire. Celui-là non plus ne mourra jamais.

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