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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 18:29

Merci Marc P
Le grand Meccano de Nicolas Sarkozy

Tout contrôler, tout savoir, tout décider. Jusqu'au détail. Garder la main sur son premier ministre que l'article 20 de la Constitution institue comme celui qui "détermine et conduit la politique de la nation". Conserver la maîtrise de son parti, cette arme sans laquelle 2012 ne pourrait pas s'écrire. Maîtriser sa majorité, bras armé de la réforme, et l'élargir sans cesse pour étouffer l'opposition.


Nicolas Sarkozy, l'hyper, l'ultraprésident, a bouleversé en dix-huit mois l'ordre hiérarchique des institutions. "Tout se passe à l'Elysée", constatent à l'unisson les tenants et les contempteurs de la Sarkozie.


Le 5 décembre, c'est une nouvelle fois dans le bureau de Nicolas Sarkozy que se jouent les équilibres entre le parti, le gouvernement et le Parlement. Le président hésite à confier les clés de l'UMP à celui qui en a le plus envie, Xavier Bertrand, le ministre des affaires sociales. Il les offre à Brice Hortefeux, son ami de trente ans. Le ministre de l'immigration est indécis : il pense être plus utile au président au sein du gouvernement. "D'accord, Brice, mais tu le surveilleras au parti (Brice Hortefeux devrait prochainement en devenir vice-président) et tu prendras sa place au gouvernement où tu te façonneras une nouvelle image", lui répond en substance le président.


A l'heure du déjeuner, c'est au tour de Claude Guéant, le secrétaire général de l'Elysée, le premier ministre bis, de faire le remaniement. Il informe Xavier Bertrand de son sort et s'assure que le ministre du travail est prêt à quitter le gouvernement pour devenir secrétaire général de l'UMP. "Sarkozy utilise les gens pour leurs défauts. A l'UMP, il a choisi Xavier Bertrand pour sa servilité. Et il va y placer Brice Hortefeux pour sa méchanceté", analyse un ministre.


Xavier Bertrand a immédiatement été désigné secrétaire général par intérim. Mais sa nomination officielle n'interviendra qu'en janvier, juste après que la loi organique permettant aux anciens ministres de retrouver leur siège de député sera entrée en application. Coup double : à l'Assemblée, Xavier Bertrand sera aussi chargé de faire contrepoids à l'ambitieux patron du groupe UMP, Jean-François Copé.


Gouvernement, majorité, opposition, aucun des trois piliers de la vie politique ne doit échapper au contrôle du président. "Nous sommes passés dans un système présidentiel, où le contre-pouvoir n'est pas encore stabilisé", analyse l'ancien premier ministre de Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin. "Nicolas Sarkozy ne fait rien comme ses prédécesseurs, justifient les conseillers élyséens. Chirac fonctionnait de manière pyramidale, en ne voyant que le haut de la pyramide. Sarkozy garde le contact avec tout le monde."


Sous le règne du sixième président de la Ve République, le premier ministre et les ministres sont devenus de simples exécutants. "Dans la hiérarchie du chef de l'Etat, il y a l'Elysée, l'UMP et seulement après le gouvernement", analyse un conseiller. "Le numéro un, c'est Sarko, avec sa filiale UMP, le numéro deux Claude Guéant et le numéro trois Fillon", ose même Jean-Pierre Raffarin.


Pour conserver la main sur ses ministres, le président s'est entouré d'une garde rapprochée de conseillers spécialisés, craints des ministères et influents dans les médias. En face de chaque portefeuille, un homme de l'Elysée : Jean-David Levitte aux affaires étrangères, Raymond Soubie aux affaires sociales, François Pérol à l'économie, Patrick Ouart à la justice, Emmanuelle Mignon et Catherine Pégard, l'ex-signature vedette du Point, postées pour panser les états d'âme des parlementaires. Chaque matin, à l'heure du petit déjeuner, le président les réunit autour de lui. Comme un gouvernement bis.


Au sein même de cette équipe, Nicolas Sarkozy veille à instaurer des contre-pouvoirs, comme celui du souverainiste keynésien Henri Guaino. Pendant la première année politiquement correcte du quinquennat, celle de la maîtrise des déficits, il était là, fulminant, menaçant de claquer la porte. Avec la crise, le président en a fait l'inspirateur de son plan B, au grand dam des hauts fonctionnaires libéraux qui peuplent l'Elysée.


Pour faire pièce à Matignon, Nicolas Sarkozy a placé Claude Guéant au secrétariat général de l'Elysée. Du petit mécano de l'UMP jusqu'au maestro du gouvernement, rien n'échappe au vice-roi. Longtemps, François Fillon a résisté. Pendant un an, il a protesté contre l'amenuisement de son pouvoir. Fâché d'être traité de "collaborateur" par le président, il a ensuite pesté contre l'instauration du "G7", ce groupe des sept ministres préférés que le président convoque selon son bon vouloir, en l'absence du premier ministre. Longtemps, François Fillon s'est réfugié en gardien du temple, du respect des promesses : baisse des dépenses, réduction des déficits, réforme de l'Etat. La crise financière, avec la diminution des recettes et le plan de relance de 26 milliards d'euros, a rendu cette obstination obsolète.


Désormais, François Fillon semble avoir renoncé. Il a choisi... de durer. La nomination de Patrick Devedjian comme superministre de la relance ne l'a même pas fait ciller : "C'est pourtant une décision qui devrait être inacceptable pour un premier ministre de la Ve République, relève l'un de ses prédécesseurs à Matignon. Demander au secrétaire général de l'UMP de s'occuper pendant deux ans du plan de relance..., c'est une insulte."


Pour conserver la main sur la majorité, Nicolas Sarkozy a un levier : l'UMP, le parti qui l'a amené à la victoire. S'il a consenti, dans l'esprit de la Ve République, à démissionner de son poste de président de l'UMP pour se "donner aux Français", il n'en reste pas moins le vrai et le seul patron. Le 24 janvier, il sera présent au Conseil national de l'UMP qui entérinera la nouvelle direction du parti.


Jamais, depuis 1958, un chef de l'Etat n'avait conservé un lien aussi direct avec son parti. Deux fois par semaine au minimum, il réunit à l'Elysée les dirigeants de l'UMP. Le lundi, autour de l'équipe dirigeante resserrée, pour évoquer la vie du mouvement et présider à ses transformations. Le mardi au cours du "petit déjeuner de la majorité", pour évoquer la vie parlementaire avec les responsables des groupes parlementaires de l'UMP et des partis associés ou alliés, Hervé Morin pour le Nouveau Centre, Eric Besson, pour les Progressistes, Jean-Marie Bockel, pour la Nouvelle Gauche, et depuis quelques semaines le sénateur du MoDem Michel Mercier, une "prise possible".

 


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commentaires

L
Si les décisions prises allaient dans le bon sens, je ne serais pas spécialement choqué par le mode de fonctionnement. Ou alors si, quand même, par principe, pour montrer un autre exemple à nos enfants que le bien connu (mais anti-éducatif) "la fin justifie les moyens". Mais disons que j'aimerais beaucoup n'avoir que ça à reprocher au gouver... euh, pardon, au président actuel.Sincèrement, j'aimerais pouvoir me féliciter de m'être trompé en 2007 et pouvour remercier les électeurs de Nicolas Sarkozy de l'avoir porté au pouvoir et de lui avoir permis de tout améliorer au-delà de mes espérances. Malheureusement, tellement qu'il a tout réglé qu'il a sauvé la planète et qu'il est le meilleur du monde, pour l'instant le bilan n'est pas glorieux.Et les bilans de ses prédécesseurs ? Hein ? Oh ! Mais dites-donc ?Un crime n'en justifiant pas un autre, inutile de les invoquer.Quand on en arrive à comparer un caviar avec des oeufs de lump (de l'UMP ?) pour se persuader qu'il n'est pas si mauvais, c'est qu'il n'était quand même pas très bon.En attendant qu'IL ait fini de régler les problèmes existant en les déplaçant ou en en créant de pires pour masquer les premiers (un peu comme se taper sur le doigt pour éviter de penser à son mal de tête), voici un lien qui pourra permettre à ses sbires de faire illusion devant les médias:http://www.presidentielle-2007.net/generateur-de-langue-de-bois.phpCa change de "casse-toi pov' con", mais c'est aussi insultant  !
Répondre
J
<br /> excellent le cours de langue de bois !<br /> je n'y ai pas pour l'instant été admis !<br /> <br /> <br />