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28 décembre 2008 7 28 /12 /décembre /2008 12:27
Martine Aubry est parvenue à imposer sa marque dans la nouvelle direction du Parti socialiste
Selon la plupart des membres de la nouvelle direction du Parti socialiste, Martine Aubry est en passe d'imposer sa marque, un mois après son accession controversée au poste de première secrétaire. "Elle a le sens du collectif", entend-on de toute part.

"Elle aime être entourée. Ce qui veut dire, aussi, qu'elle met la pression sur tous ceux qu'elle fait travailler. Elle commande rapports et notes, mais n'oublie pas d'en assurer le suivi", assure la députée européenne Adeline Hazan, maire de Reims et complice de longue date de la première secrétaire. "Dans un parti qui a perdu l'habitude de travailler collectivement, sa façon de travailler en groupe peut parfois donner un sentiment de désorganisation mais cela ne l'empêche pas de savoir trancher", renchérit le fabiusien Claude Bartolone, allié plus récent.

Derrière la première secrétaire, la direction du parti ne compte plus un numéro deux attitré mais un quatuor, composé d'Arnaud Montebourg, Harlem Désir, Benoît Hamon et François Lamy. "C'est une organisation qui évoque celle d'un gouvernement car il s'agit bien de faciliter le travail en équipe", insiste Marylise Lebranchu, ancienne ministre et "aubryste" convaincue. Le secrétariat national ne se réunit plus le mercredi matin, mais le mardi matin, ce qui permet à la direction de préparer le bureau national, qui se tient l'après-midi.

VIVE TENSION ENTRE "AUBRYSTES" ET "ROYALISTES"

"Fréquemment, le fait de vanter les vertus du travail collectif est une façon de signifier que l'on veut attendre et se donner du temps avant de décider", observe avec une pointe d'ironie un membre de la direction, ancien partisan de Bertrand Delanoë. Quant aux proches de Ségolène Royal, qui représentent la minorité du PS, ils considèrent que c'est le "caractère extrêmement composite" de la nouvelle majorité qui impose à la première secrétaire de veiller avec tant de soin à la cohésion de son équipe.

La tension reste vive entre "aubrystes" et "royalistes". Dans un entretien au mensuel Bretons daté de janvier 2009, le porte-parole du PS, Benoît Hamon, dénonce la "rage" des partisans de Mme Royal, qui "ont dans le sang ce poison de la division, dans des proportions que l'on n'a jamais connues auparavant".

Mme Aubry sait faire acte d'autorité au sein de sa propre équipe. Lors de la première réunion du secrétariat national, le 9 décembre, elle a posément "recadré" M. Hamon, qui avait évoqué l'idée de rétablir en partie l'autorisation administrative de licenciement.

De même, la nouvelle première secrétaire s'est longuement entretenue avec plusieurs secrétaires nationaux avant que ceux-ci interviennent lors d'émissions importantes. "Le parti a trop souffert que la communication de ses dirigeants engendre des interférences", plaide Mme Lebranchu. Jean-Christophe Cambadélis, l'un des hommes forts de la majorité, le confirme en termes plus directs : "La consigne est claire : on n'ouvre pas sa gueule sur un sujet qui n'est pas le sien."

Lors de la réunion du nouveau bureau national, le 16 décembre, chacun a remarqué que les tables, organisées auparavant en une sorte de serpentin, étaient désormais disposées en rangées perpendiculaires. Mais aussi que Mme Aubry veillait à faire respecter horaire et ordre du jour, ainsi qu'à faire cesser le brouhaha des conversations.

"Avec elle, on sait ce qu'il en est. Lorsqu'elle n'est pas d'accord, elle le fait savoir directement, voire assez sèchement - disons, plutôt, avec netteté -, ce qui ne l'empêche pas d'être quelqu'un de très drôle", souligne Christophe Borgel, secrétaire national aux fédérations. Très à l'aise au milieu de ceux qu'elle appelle "les garçons", elle donne du "mon petit Jean-Christophe", "mon petit Claude" ou "mon petit Ben" à MM. Cambadélis, Bartolone ou Hamon. Mme Aubry sait détendre l'atmosphère. ""Le dimanche, c'est sacré" : voilà le slogan auquel vous avez échappé", a-t-elle lancé devant le bureau national qui planchait sur la question du projet de loi sur le travail du dimanche.

Les alliés de Mme Aubry lui trouvent malgré tout quelques travers. "Même en réunion, lorsque son téléphone sonne, il faut qu'elle réponde. Elle ne peut pas manquer le moindre appel", se plaint M. Bartolone. "Martine Aubry a les défauts de ses qualités, glisse un dirigeant qui lui est proche. Il arrive que sa capacité d'écoute la rende trop sensible aux anecdotes mais aussi à l'éloquence. Un très bon discours peut exercer sur elle une influence excessive."

Jean-Michel Normand
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