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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 00:54
M’as-tu-vu 

Au départ, en lisant dans les pages du «livre vérité» de Ségolène Royal ce qualificatif appliqué au président de la République, on a tout de suite pensé à ce qui se dit dans les bonnes familles bourgeoises de ces «parvenus» que l’on aime tant mépriser. Ils sont «m’as-tu-vu» ; on les dit volontiers «vulgaires», voire - et c’est le pire sans doute - «ordinaires». On murmure d’eux, dans les salons cossus des grandes lignées, qu’ils ont «l’argent récent». L’expression «m’as-tu-vu» dans la bouche d’une grande bourgeoise de Neuilly (ou du Poitou), qui parle d’un voisin installé depuis peu, est une façon de considérer sa voiture, le manteau de sa femme, sa montre comme ne valant pas tripette, c’est-à-dire trop. Mais en y regardant de plus près on se dit que cette expression vieillotte, un peu balzacienne en un sens (Ségolène Royal le reconnaît elle-même), pourrait s’appliquer assez bien à notre omniprésident. Imaginons un peu (évidemment c’est de la fiction). M’as-tu-vu, ça peut aussi vouloir dire : m’as-tu-vu à la télé hier (et avant-hier et le jour d’avant et… chaque jour depuis deux ans) ? Tu m’as vu ? Tu m’as trouvé comment, hein ? J’étais bien, non ? M’as-tu-vu, c’est aussi une façon de demander à ses potes «t’as-vu comme je l’ai mouché hier le mec au Salon de l’agriculture», ou de leur asséner, en relevant sa manche : «T’as vu ma nouvelle montre, c’est la Patek, c’est moins gros que la Rollex, mais c’est trois fois plus cher, c’est ça la vraie classe». On imagine bien sûr, mais ça correspond pas mal…

Reste à savoir pourquoi Ségolène Royal a employé l’expression m’as-tu-vu plutôt que bling-bling, passé dans la langue commune (grâce à Marianne et Libération) ou show-off, traduction littérale de m’as-tu-vu qui fait florès chez les branchés de la mode. Les deux expressions, modernes et populaires, s’appliquant assez bien au personnage en question. Mais non, Ségolène Royal a écrit «m’as-tu-vu» parce que, comme elle l’explique elle «vient du XIXe siècle». Balzacienne en effet, on l’imagine jeter avec dédain cette épithète au visage de celui que les Français ont quand même élu. Mais les Français, dans leur majorité du moins, ne seraient-ils pas, comment dire, terriblement ordinaires

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Published by jean schepman - dans tzarko 1er
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