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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 15:06

 

La mi-mandat approche, et le climat tourne à l'orage pour Nicolas Sarkozy. Dans son propre camp, ses réformes sont de plus en plus mal acceptées (collectivités territoriales, taxe professionnelle), et sa politique contestée (déficits des comptes sociaux). Le procès Clearstream devient surréaliste, et avec l'affaire Epad, l'autoritarisme a été perçu comme du nepotisme. De sorte que l'énervement du président, sa crispation contre les médias, rappellent qu'il n'aime décidément pas rencontrer des obstacles sur sa route.

 

L'affaire de l'Epad, un coup de force politique évident et un très probable coût électoral :

 

 Jean Sarkozy doit être élu ce vendredi administrateur de l'Epad, mais renonce à en briguer la présidence. Il n'en reste pas moins que cet épisode laissera des traces, pour ce qu'il a révélé de volonté de mainmise du chef de l'Etat sur tous les pouvoirs. La méthode de communication gouvernementale a contribué au  malaise. Tous les commentaires émanant de la majorité ont rabâché les trois mêmes arguments, manifestement fournis par l'Elysée et déclinés tour à tour par François Fillon, Nadine Morano, Luc Chatel, Jean-François Copé, et bien sûr Frédéric Lefebvre: « Jean Sarkozy a été élu, pas nommé. Et Martine Aubry, n'est-elle pas la fille de Jacques Delors? Jean Sarkozy n'a pas plus de droits que les autres, mais pas moins non plus ».

 

Cette nervosité de la droite a conduit d'ailleurs à quelques dérapages. Sophie Landrin et Arnaud Leparmentier (Le Monde, 21-10) racontent comment « l'UMP accuse les médias de vouloir faire trébucher Nicolas Sarkozy »: « Pour l'UMP, les électeurs ont tranché en élisant David Douillet lors de la législative partielle des Yvelines, les médias ont donc tort. Après les polémiques autour de Frédéric Mitterrand, puis de Jean Sarkozy, Frédéric Lefebvre s'en est pris, lundi 19 octobre, aux journalistes qu'il a accusés de vouloir « faire trébucher » Nicolas Sarkozy. Il a dénoncé les « vilenies quotidiennes depuis un certain nombre de semaines qui sont propagées à la fois par l'opposition et surtout par un certain nombre de journalistes ». Le chef de l'Etat avait donné le ton la semaine dernière, estimant que les polémiques étaient destinées à l'affaiblir. Dès la victoire de M. Douillet acquise, Xavier Bertrand a souligné « le décalage entre les observateurs et les électeurs ». Jean-François Copé a dénoncé « des campagnes dans les médias qui sont d'une violence absolument inouïe », et ajouté: « Les relations entre médias et politiques devraient être revisitées, modernisées, comme cela s'est fait dans d'autres pays ». Mardi, le chef de l'Etat est revenu avec une certaine lourdeur sur ces « commentateurs qui commentent » tandis que lui, il « agit ».

 

Toutes ces mises en cause de la presse resteront dans les esprits. Erik Emptaz (Le Canard enchaîné, 21-10) ironise sur « ces ministres courbant l'échine de plus en plus bas pour aller chanter la geste du prince Jean et de son glorieux papa ». Il observe: « C'est à qui sera le plus sirupeux ou faussement indigné pour aller répéter devant les micros le même pauvre argumentaire fourni par l'Elysée ».

 

En toute objectivité, l'enjeu et le contexte justifiaient pourtant les critiques contre l'opération Epad. Hervé Liffran (Le Canard) fait le point: « L'Epad a la haute main sur l'extension du quartier d'affaires, qui génère des milliards d'investissements et des milliers d'emplois. L'arrivée de Jean Sarkozy à la présidence de l'établissement public va aussi permettre à Sarko père de se débarrasser d'un empêcheur de bétonner en fond: Patrick Devedjian, dont l'Elysée n'a pas apprécié qu'il joue les chevaliers blancs et se même de contrôler les contrats et les comptes du directeur général de l'Epad, Philippe Chaix, un homme de confiance de Sarko nommé en octobre 2008 ».

 

Reprenant la chronologie de l'ascension de l'héritier Sarkozy, Mediapart raconte les manoeuvres du « camp Balkany-Sarkozy-Pasqua » pour mettre la main sur les Hauts-de-Seine et conduire leur jeune protégé vers d'autres fonctions, notamment la présidence du conseil général en 2011.

 

L'affaire de l'Epad est apparue comme  une sorte de « Sarkogate » dans la mesure où c'est l'Elysée qui a géré le dossier et déblayé le terrain. Le Monde du 21-10 indique que « c'est Nicolas Sarkozy qui a bloqué le décret reportant la limite d'âge qui aurait permis à Patrick Devedjian de se maintenir à la présidence de l'Epad. Et nommé Hervé Marseille au Conseil économique et social afin qu'il laisse la place à Jean au sein de l'établissement public ». L'Epad devait être pour le fils du chef de l'Etat un tremplin pour accéder à la présidence du futur établissement d'aménagement, l'Epadsa, au printemps prochain.

 

L'implication directe et personnelle du chef de l'Etat dans la carrière fulgurante de son fils est confirmée par Le Canard enchaîné (21-10-09): « C'est Nicolas Sarkozy qui est à la fois le premier responsable et, pour employer un mot qui fait partie de son vocabulaire, le vrai « coupable » d'avoir programmé et organisé l'accession de son jeune héritier non qualifié à la tête de l'Epad, organisme public qui sert de tiroir-caisse au département qui fut son fief. Il paraît donc plus que logique que les faits soient moins reprochés au prince Jean qu'à son père l'omniprésident. Le problème est que, vue de son côté, l'affaire échappe à toute logique. Comme au temps des tensions avec Cécilia, le locataire de l'Elysée n'est plus dans le rationnel, mais dans le passionnel ».

 

Même après le rebondissement de jeudi soir, le coût politique de l'affaire Epad pourrait être lourd. Christophe Barbier (L'Express, 15-10-09) dit pourquoi « l'opinion publique n'oubliera pas l'affaire Epad »: « Si, comme d'habitude, la droite se couche, si, encore une fois, la gauche s'effarouche, les électeurs, eux, jugeront sévèrement le président, le moment venu, d'avoir conféré tant de puissance à si peu de mérite. Si la valeur n'attend pas le nombre des années, elle dépend du nombre des combats ». Il poursuit: « Déplorable tradition de la politique en général et du gaullisme en particulier, qui veut qu'en notre pays les dynasties cherchent toujours à s'enraciner, comme aux temps féodaux, comme dans le tiers-monde. Et ce que l'on dénonce sur les rives du Congo, elles le pratiquent sur celles de la Seine ».

 

Même évaluation des dégâts dans Le Canard enchaîné (21-10): « L'image de l'affaire de l'Epad, comme celle du Fouquet's, du yacht de Bolloré ou du « casse-toi pôv' con », est du genre qui ne s'efface pas facilement, et qui colle aux semelles pour longtemps ».

 

« Si Nicolas et Jean Sarkozy avaient décidé de rendre plus difficile la réélection du premier à la tête de l'Etat, ils ne s'y seraient pas pris autrement », assure Alain Duhamel (Libération, 22-10), dont le commentaire est sans appel: « Les Français se sont habitués à ce que, sous la Ve République, le président devienne un souverain élu. Leur tolérance à l'égard du consulat républicain n'efface pas pour autant leur culture foncièrement égalitariste. La promotion spectaculairement précoce d'un fils du président à des fonctions déjà éminentes ne peut que les irriter. Dans la Constitution, il n'y a pas de place pour un prince impérial. Le pari de Jean Sarkozy risque de coûter cher à Nicolas Sarkozy ». Certes, la prochaine accession du fils du président à la tête de l'Epad, poursuit l'éditorialiste, n'a rien d'illégal, mais, selon lui, « le problème est ailleurs et se résume à deux interrogations: Jean Sarkozy pourrait-il prétendre à la présidence de l'Epad s'il ne s'appelait pas Sarkozy, et cette accession est-elle une bonne chose ou une mauvaise chose pour Nicolas Sarkozy? La réponse va de soi: Jean Dupont et Jean Durand n'auraient eu aucune chance d'être élus conseiller général de Neuilly-sur-Seine à 22 ans, et moins encore président de l'Epad à 23 ans. Les Français qui s'inquiètent pour l'entrée de leurs enfants dans la vie professionnelle ne peuvent qu'être scandalisés par un début de carrière aussi météorique ».

 

La tentative a échoué finalement, mais le mal est sans doute fait.

 

Une personnalisation excessive du pouvoir et un mépris revendiqué des contre-pouvoirs qui relancent la question institutionnelle :

 

Le ton est donné par Françoise Fressoz (Le Monde, 17-10-09): « Qu'y a-t-il de commun entre la taxe carbone, l'affaire Mitterrand, la taxe professionnelle, la polémique autour de Jean Sarkozy? Tous ces sujets qui empoisonnent l'atmosphère de la rentrée existent par la volonté d'un seul et même homme ». Pour elle, c'est donc que « l'hyperprésidence de M. Sarkozy montre ses limites à la mi-mandat ».

 

Cette double question de l'omniprésidence et de « la malédiction des deux ans » est posée par la presse. De fait, certains remous à l'Assemblée nationale sont symptomatiques de ce climat de doute. Des députés UMP ont failli voter en commission un amendement socialiste visant à sortir la CSG et la CRDS du bouclier fiscal. Nombre de parlementaires de la majorité s'inquiètent d'un déficit budgétaire qui atteint 140 milliards d'euros et ne seraient pas hostiles à une remise en cause du bouclier fiscal, dont Nicolas Sarkozy a confirmé dans son interview au Figaro qu'il ne veut pas entendre parler. La commission des finances a rendu mercredi un avis négatif sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale. Le Sénat renâcle aussi, à la fois sur la réforme territoriale et sur le bouclier fiscal. Au point que Laurent Joffrin (Libération, 20-10-09) invite le président de la République à « mieux écouter la droite française ».

 

Mais c'est bien l'appropriation de tous les pouvoirs par Nicolas Sarkozy qui est au centre des débats. La dimension monarchique de nos institutions n'est certes pas une question nouvelle, et Edwy Plenel (Mediapart, 15-10-09) rappelle que « les présidences de Valéry Giscard d'Estaing, de François Mitterrand et de Jacques Chirac en marquèrent toutes trois une accentuation ». Mais aujourd'hui, alors que ce pouvoir qualifié de « césarisme et de bonapartisme mortifères » est la cause de « l'ébranlement de notre socle démocratique et républicain », la dérive monarchique est incontestable: « La question devient majeure tant le sarkozysme s'assume comme le stade suprême de notre vieux bonapartisme, revendiquant explicitement une présidentialisation accrue du régime. Un pouvoir sans contre-pouvoirs repose plus que tous les autres sur les règles, usages et principes que s'applique à lui-même celui qui en est le détenteur. C'est ce qu'il est convenu d'appeler la vertu. Or, la pédagogie dont le chef de l'Etat se fait l'infatigable instructeur, par ses propos et ses actes, est celle de l'abolition des limites et des frontières. Cette présidence revendique, sans fard, en l'accompagnant d'une brusquerie à la limite de la grossièreté, l'extension infinie de sa domination, de ses réseaux, de ses protégés (...) Pas de limite au pouvoir, pas de limite à l'enrichissement, pas de limite à la jouissance, pas de limite à l'accumulation avide et rapide de biens et de plaisirs: tel est le message plus que subliminal qui rallie courtisans et courtisanes, ambitieux et carriéristes, convertis et opportunistes, prises de guerre ou otages consentants. N'ayant d'autre repère que lui-même, le sarkozysme des sommets n'est entravé par aucun préjugé, ancrage idéologique ou fidélité partisane (...) Si le sarkozysme n'est évidemment pas la dictature, il évoque d'autres formes de déchéance, une sorte d'inédite décadence démocratique: cette chute d'une nation par la corruption de son esprit public, de ce qui l'élève collectivement et le promeut à la face du monde ».

 

Nous sommes dans « la République du bon plaisir », dénonce pour sa part Jacques Julliard (Le Nouvel Observateur, 15-10-09), qui démontre que les réformes de Sarkozy renforcent son pouvoir personnel: « Ainsi, la réforme constitutionnelle destinée à renforcer les pouvoirs du parlement, qui s'est soldée par le droit pour le président de s'adresser en personne à celui-ci. Ainsi, la suppression partielle de la publicité sur les chaînes publiques de télévision, qui s'est accompagnée de la désignation directe des présidents de chaîne par l'exécutif. Ainsi, le projet de réforme de l'instruction judiciaire qui se traduira, s'il est adopté, par l'attribution de cette dernière au parquet, c'est à dire au garde des Sceaux, autrement dit au président de la République. Et encore, le projet en cours de réforme des collectivités locales, qui aboutirait pour la région parisienne à une reconcentration au profit de l'exécutif, et, pour toute la France, à la dépossession des libertés locales par le biais de la suppression de la taxe professionnelle ».

 

C'est bien Nicolas Sarkozy qui est en cause, son dogmatisme idéologique et sa pratique très personnelle du pouvoir. François Hollande (JDD, 18-10) juge sévèrement les deux premières années du quinquennat: « Nicolas Sarkozy est victime de lui-même, de ses certitudes, de ses excès, de sa parole, de ses choix. Il croit toujours que tout est possible, que rien ne lui est interdit. Promettre à tous, nommer où il veut qui il veut, promouvoir ses proches quand ce n'est pas sa famille. Il ne suffit pas de faire pénitence, de déclarer régulièrement avoir changé. C'est une conception des institutions qu'il faut changer ».

 

Même Jean-Pierre Raffarin semble partager cette appréciation, lui qui a déclaré (RTL, 14-10): « Nous sommes à mi-chemin entre la pratique traditionnelle de la Ve République et le nouveau régime présidentiel. D'ici 2012, il faudra faire le choix. Ou on revient à une Ve République avec un président arbitre, ou on va, en 2012, au régime présidentiel, avec une réduction à 4 ans du mandat du président de la République, la fin du droit de dissolution et la présence du président au parlement. Nous sommes à mi chemin entre deux systèmes institutionnels. Il faudra choisir sans doute le régime présidentiel. La pratique de Nicolas Sarkozy nous met dans cette situation aujourd'hui ».

 

« Ve ou VIe République, Nicolas Sarkozy va devoir choisir », confirme Thomas Legrand (slate.fr, 19-10): « Après la colère d'Alain Juppé la semaine dernière, Raffarin fait un constat largement partagé à droite. Certes, la pratique des institutions par le Président comporte une part de modernité puisque celui qui a été élu par la majorité des Français se met au devant de la scène. Que le président s'engage à ce point, après tout pourquoi pas, mais alors la logique voudrait que le chef de l'exécutif soit responsable devant les assemblées. Ce n'est évidemment pas possible: puisqu'il est élu au suffrage universel, il n'a à répondre que devant le peuple. Donc la situation actuelle n'est pas tenable. Le parlement ne contrôle que le gouvernement, ne peut éventuellement renverser que le gouvernement et son premier ministre, qui ne sont plus que des exécutants, des porte-parole (...) C'est là que l'on reparle de la VIe République, avec l'instauration d'un régime dit présidentiel, qui est théoriquement plus équilibré: le président élu pour une durée plus courte (Jean-Pierre Raffarin parle de 4 ans) n'a plus prise sur le parlement. L'exécutif et le législatif sont hermétiquement séparés. Le président ne peut pas dissoudre le parlement et le parlement ne peut pas renverser le président. Les pouvoirs du président sont cependant encadrés, les nominations doivent être approuvées par les députés, et le contrôle du législatif sur l'exécutif est réel. Le chef de la majorité est le chef du groupe majoritaire à l'Assemblée nationale, le premier ministre n'a donc plus de raison d'être. En réalité, Jean-Pierre Raffarin a ouvert un débat sur les institutions parce qu'il constate le côté bancal du système actuel mais sous, ou derrière, ou en creux, de ce débat, il y a une critique sévère du sarkozysme, de la concentration des pouvoirs, de l'atteinte à la séparation des pouvoirs et plus généralement d'une déontologie du pouvoir qui ne serait pas assez respectée (...) Nicolas Sarkozy a balayé ces propositions d'un revers de la main, mais le déséquilibre institutionnel est ressenti en ce moment dans notre pays par un grand nombre de détenteurs des divers pouvoirs: exécutif avec des ministres croupion, législatif avec des parlementaires méprisés, et judiciaire avec des magistrats déprimés ».

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Published by jean schepman - dans tzarko 1er
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