Madame Royal,

Les municipales ont révélé la nécessité pour notre famille politique, d’un positionnement plus clair. En tant que simples militants, nous avons observé votre appel, au soir du premier tour des municipales, à une alliance générale avec les socialistes et les démocrates.

Votre parti et le notre sont face à un problème commun : comment envisager son voisin politique ? Méfiance, défiance et rejet ou séduction, alliance et partenariat ? Nous pensons que cette question ne peut pas être, sans arrêt repoussée par les dirigeants du Mouvement Démocrate. Elle est devenue pour nous nécessaire. Notre identité est liée à tout cela. En tant que simples militants nous souhaiterions avancer sur ce sujet.

Depuis plusieurs mois déjà, nous observons le respect que vous avez à l’égard de notre formation politique, pour nos valeurs et pour notre leader, alors que bon nombre de personnalités politiques s’empressent de délégitimer notre existence même. Pour beaucoup, notre présence est condamnable. Vous avez le mérite de considérer notre démarche comme nécessaire et utile. Beaucoup d’électeurs de François Bayrou vous ont fait confiance au second tour de l’élection présidentielle. Nous en faisons partie.

Depuis mai 2007, nous continuons à construire notre voie, la troisième voie, sans relâche. Nous ne renonçons pas. Notre combat est juste. Mais, le centre ne signifie pas pour nous le sectarisme. Bien au contraire. « Travailler avec des gens de sensibilités différentes » : telle est notre ambition. Pourquoi ne pas commencer tout de suite ? Nous avons conscience que par une telle démarche, nous allons choquer, au sein même de notre propre « camp ». Mais nous avons soif de dialogue, de débat et de partage avec les autres familles politiques. La démarche nouvelle que vous inaugurez dans Le Monde, cette après midi, fait preuve d'ouverture : "La consultation s'adresse aux militants du PS, en lien avec les sympathisants et les forces vives qui attendent beaucoup de nous face aux dégradations de toutes sortes commises par la droite".

Aujourd’hui, nous pensons utile d’engager une discussion avec vous. Pourquoi un partenariat PS-Modem à l’avenir ? Pour aller où ? Sur quel projet ? Sur quelle conception de la politique ? Notre combat a été de sortir du giron d’un appareil politique, en l’occurrence, le RPR-UMP. Et nous ne souhaitons nullement retourner sous un régime de domination avec le PS. Alors, comment réfléchir à un nouveau type de partenariat, capable de respecter nos idées, et notre indépendance ? Toutes ces questions, nous souhaiterions en débattre. Nous aimons le Modem. Nous y sommes bien. Nous sommes fiers de notre parcours politique.

Dans le texte que vous venez de publier, vous vous intéressez à ce qui fait la force d'une formation politique : les adhérents, les militants avant tout. Ce respect du militant : nous l'admirons.

Nous entamons maintenant la quête de notre projet. Nos aventures se suivent en parallèle. Nous avons observé beaucoup d'idées communes : refus de la loi de rétention de sûeré, des tests ADN, de la réforme de la justice, collusion entre puissances économiques et puissances médiatiques, la quête d'un état impartial etc... Dans le Monde d'aujourd'hui : vous lancez 10 questions : ce sont les mêmes que nous partageons, et qui font débat auprès des militants.

1. Il faut sortir du fossé entre un discours pseudo révolutionnaire dans l'opposition et un conformisme économique au pouvoir : de quelle façon ?

2. Le socialisme ne peut pas se contenter d'aménager le capitalisme financier à la marge : comment produire et répartir autrement la richesse ?

3. Que reprendre des modèles progressistes des autres pays et que rejeter ?

4. Il faut pousser l'agilité des entreprises, le goût du risque et l'esprit d'entreprendre, tout en améliorant la situation des salariés et leurs sécurités sociales. Avec quel compromis ?

5. Il faut rééquilibrer le rapport de force entre le travail et le capital par une meilleure répartition du profit. Quels contre-pouvoirs dans l'entreprise ?

6. Comment rompre avec la redistribution passive et bureaucratique comme principal moyen de s'attaquer aux injustices sociales ?

7. Comment améliorer le projet européen pour ne pas oublier les intérêts des peuples et des pays ?

8. Les peuples du Nord doivent être protégés de la concurrence internationale sans que les peuples du Sud ne soient victimes du protectionnisme. Avec quelles nouvelles règles ?

9. Les Etats et le marché doivent assurer la sauvegarde écologique de la planète : quel nouveau modèle de développement ?

10. Le Parti socialiste doit intégrer toutes les nouvelles formes de militantisme et d'engagement citoyen, ainsi que les réussites du travail des élus locaux. Il doit aussi décider efficacement, avec le sens de la discipline collective. Quelles nouvelles règles communes pour y parvenir sereinement ?

Nous savons déjà que la ligne de partage au prochain congrès socialiste sera celle entre ceux qui sont capable de travailler avec le Modem et construire des majorités d’idées nouvelles, et ceux qui refusent le dialogue.

Le Modem ne peut plus prétendre engager le dialogue comme on l’a fait à Paris pour les municipales, simplement pour des intérêts électoraux. Le Modem a tendu la main aux socialistes entre les deux tours. C'était trop tard, trop précipité. Nous pensons que des majorités nouvelles peuvent se dégager lors d'accords. Mais aussi sur les idées, en ANTICIPANT. Il doit y avoir un dialogue permanent. Le Modem doit en prendre la tête. C’est ausi ça réinventer la politique.

On ne peut pas rester sans arrêt en dehors de l’action poltiique, dans notre coin, en attendant le jour J, en attendant la sentance du premier tour. Et oui, nous pouvons peser dans les débats actuels historiques. Nous ne pouvons pas regarder le train passer. Il se passe quelque chose au PS. Le Modem est au coeur de cette ligne de fracture. A nous Modem de peser dans ce débat. A vous de nous aider à tisser des passerelles novatrices en prônant des valeurs communes : respect du militant, valorisation de l'engagement citoyen, état impartial. A nous de faire enfin bouger les lignes politiques.

Des militants MoDem libres, et indépendants qui ont soif de dialogue et d’innovation.