"Une conviction , celle que nous entrons dans un nouveau monde. Nous avons vécu
un siècle et demi dans l’illusion de la profusion des ressources naturelles et des matières
premières, de l’eau, des forêts, d’un climat stable, d’un air sans CO2, d’une biodiversité
infinie, sans cesse renouvelée, de terres fertiles et agricoles, permettant une urbanisation
sans fin. Oui, nous avons vécu dans une forme d’aveuglement, sans réaliser que tous
nous actes de production et de consommation nécessitaient de prélever sur les fruits de la
nature plus que celle-ci ne pouvait reconstituer. Et pourtant, bien sûr, tour à tour et sur des
sujets différents, d’aucuns s’inquiétaient, lançaient des cris d’alarme.
Le GIEC sur le climat alors qu’on sait aujourd’hui, que la situation est plus grave que son
scénario le plus pessimiste. D’autres, scientifiques tels Hubert REEVES, passionnés tels
Jean-Louis ETIENNE, figures du monde associatif ont alerté sur la fonte des glaces au
pôle du Nord et sur le réchauffement des mers. D’autres encore, comme FNE, la LPO,
Greenpeace, WWF, ont alerté sur la biodiversité alors même qu’une espèce vivante sur
huit est menacée de disparition. D’autres encore ont alerté sur l’assèchement du lac
TCHAD, de la mer Morte, du lac Baïkal, sur la déforestation accélérée en Afrique. D’autres
ont alerté sur l’après pétrole, sur ses conséquences économiques et sociales dans une
société fondée sur les ressources fossiles, permettant la multiplication par quatorze des
besoins énergétiques depuis 50 ans. D’autres ont alerté sur l’impossibilité pour les grands
pays émergents de fonder leur croissance sur le même modèle que le nôtre et sur
l’obligation pour les pays industriels de montrer l’exemple. D’autres aussi et parfois les
mêmes ont alerté sur la crise alimentaire, sur les ressources en eau, ou encore sur
l’étalement urbain. D’autres enfin ont alerté sur la production de déchets qui sont en train
de provoquer l’émergence d’un 7ème continent dans le Pacifique. D’autres ont décrit les
nouvelles migrations climatiques, les émeutes de la faim, l’état des fleuves et des rivières,
partout dans le monde, y compris en France.
Permettez-moi d’ailleurs de rendre hommage, à ces centaines d’experts et de spécialistes,
qui dans des groupes de travail, dans l’anonymat le plus total, pour l’intérêt supérieur de
notre pays et probablement de bien plus encore, n’ont ni compté leur peine, leurs
échanges, faisant parfois évoluer leur point de vue pour rentrer à fond et au fond de ce
débat, de ce diagnostic et pour dégager des pistes de solutions. La synthèse de ces
travaux a ensuite fait l’objet d’une table ronde finale réunissant les entreprises françaises,
les syndicats, les collectivités territoriales, les ONG et l’Etat. Ce fut le compromis du
possible, validé pour l’essentiel par le Président de la République en présence de
deux Prix Nobel de la Paix et du Président de la Commission européenne
BARROSO. Compromis du possible où chacun était convaincu que le corps social qu’il
représentait devait s’impliquer, devait accepter les compromis qui permettaient aux autres
d’avancer au même rythme que lui.
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Mais derrière ce diagnostic sans concession et parfois franchement alarmiste, il y a eu
une conviction unanime, celle que nous pouvions changer radicalement la donne et
répondre à cette urgence écologique. Et derrière ce constat du Grenelle, est apparue la
possibilité d’une autre croissance, celle de l’efficacité, de la sobriété, de l’autonomie
énergétique, celle de l’indépendance par rapport à des cours mondiaux qu’on ne maîtrise
pas, celle de l’indépendance par rapport à des rentes de situation énergétiques et
financières qui sont responsables d’une partie des déséquilibres actuels,…Oui, je crois
qu’il y a un accord unanime de tous les acteurs du Grenelle, quelque soit le corps social
qu’ils représentaient pour approuver les propos de Nicolas HULOT disant : « que la crise
écologique constituait un horizon dépassable de l’Humanité ; qu’elle constituait aujourd’hui
le centre de gravité de nos sociétés, l’occasion unique de réussir ce sur quoi nos sociétés
ont peiné et échoué jusqu’ici, à savoir la combinaison de l’efficacité économique, de la
solidarité sociale et de la vie démocratique ».
Il y a unanimité aussi pour penser que l’enjeu écologique est un facteur clef de la
compétitivité de nos entreprises, parce qu’une économie qui consomme globalement
moins d’énergie est nécessairement une économie qui dépense moins d’argent ; parce
que les relais de croissance de demain, ils sont là, dans le bâtiment, dans les ENR qui
représenteront près de 16% de l’emploi dans dix ans, dans le traitement de l’eau ou des
déchets ; parce que les produits les plus compétitifs ou les plus demandés par les
consommateurs seront les produits les plus sobres en carbone et en énergie. Ne nous
trompons pas, le marché ira plus vite que nous et nous devons accompagner nos
entreprises : déjà, dans l’automobile, la compétition ne porte plus sur le design ou sur la
puissance des moteurs, mais sur la sobriété en carburant ; parce que le monde entier est
sur ce combat là, la Chine, l’Inde, le Canada, les Etats-Unis…
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- Le chantier thermique, la rénovation lourde des 4,2 millions de logement sociaux en
commençant par les 800 000 les plus dégradés, des investissements annuels
moyens de 16 milliards d’euros représentant près de 235 000 emplois d’ici 2020.
C’est à terme, 20 milliards d’euros de travaux réalisés grâce à l’éco-prêt à taux
zéro, pour un coût total pour l’Etat en rythme de croisière d’environ 1 milliard, soit
un rapport de 1 à 20. C’est le crédit d’impôt développement durable qui représente
une enveloppe d’1,5 milliards d’euros par an destinée aux travaux de rénovation
thermique. C’est l’amélioration des dispositifs TEPA et PTZ dans le cas où un
ménage décide d’acquérir un logement très performant sur le plan énergétique.
- C’est le chantier transport, la construction de 2000 km de lignes à grande vitesse
supplémentaire, de 1500 kilomètres de lignes de transports collectifs dans nos
villes avec un concours de l’Etat de 2,5 milliards d’euros sur une première tranche
de 14 milliards, ce sont les autoroutes ferroviaires, les autoroutes maritimes pour un
investissement total de 100 milliards d’euros d’ici 2020 et la création de près de
80 000 emplois.
- C’est le chantier énergétique, la décision de porter la part d’ENR à 23% de notre
consommation d’énergie à l’horizon 2020, ce sont des investissements
considérables et près de 220 000 emplois d’ici 2020. La prochaine programmation
pluri annuelle des investissements qui vous sera proposée en sera la confirmation.
- Bref, les chantiers du Grenelle, représentent à terme plus de 400 milliards d’euros
d’investissements injectés dans notre appareil de production industrielle d’ici 2020,
15 milliards d’euros de valeur ajoutée en moyenne par an, soit 0,8 point de
croissance et 500 000 emplois à terme.
il sagit ici du discours de Jean Louis Borloo au parlement !
Pourquoi n' a t'il pas agi ainsi avant ?